Le journal The Youth Times permet d'apprendre énormément
Juin 2009 - Numéro 11
Sur le Territoire palestinien occupé, une grande part des nouvelles internationales et locales se focalisent actuellement sur la violence et le conflit. Toutefois, il se passe dans la région quelque chose de différent et de vraiment important, dans le domaine de l'information sur le terrain - une information se plaçant nettement dans la perspective des jeunes.
Le journal The Youth Times est un projet de l'Association palestinienne de jeunesse pour le leadership et le respect des droits (Palestinian Youth Association for Leadership and Rights Activation - PYALARA). C'est un journal mensuel de 24 pages publié en arabe et en anglais par des jeunes pour des jeunes. Il s'agit du seul journal palestinien destiné aux jeunes qui soit distribué sur tout le territoire. Ce mois-ci, nous allons parler de la PYALARA et du The Youth Times, une initiative qui transforme des jeunes de 13 à 20 ans en dirigeants tout en publiant, pour le public palestinien comme pour le public international, des histoires tirées de la vie courante qui ont une résonnance au-delà des frontières.
Le journal The Youth Times
Lorsque les jeunes Palestiniens se réunissent - tout comme les autres jeunes du reste du monde - ils souhaitent parler de musique, de cinéma et de mode. Dans les bureaux de la PYALARA et du The Youth Times, non seulement les adolescents arrivent à aborder ces sujets mais on leur donne l'occasion de faire des reportages et d'écrire là-dessus. Pourquoi est-ce si important de parler de tout cela ? Parce que cela donne à de jeunes Palestiniens, qui se développent dans des conditions si difficiles, la chance de s'exprimer, d'être créatifs et de s'amuser.La musique et la mode ne sont que des sujets parmi d'autres abordés par les jeunes collaborateurs du journal, qui traitent également des thèmes relatifs à la politique locale, et se préoccupent de questions sanitaires et de problèmes rencontrés dans leur communauté, par exemple les incendies de poubelle et la pollution. Une récente histoire avait pour thème l'expérience épouvantable vécue par des femmes lors de l'attaque israélienne aux environs de Al-Zaitoun, dans la partie Est de la bande de Gaza. Dans le même numéro, un éditorial écrit par deux jeunes de 14 ans - intitulé « PUNKS.Lorsque les adolescents d'aujourd'hui vivent les années 70 » - débattait de l'esthétique « punk » et de ce que l'adoption de ce style signifiait pour les jeunes Palestiniens.
Quel que soit le sujet, ce qui importe c'est que les histoires publiées dans The Youth Times abordent des sujets divers qui intéressent les jeunes.
Cette publication mensuelle couvre la totalité du Territoire palestinien occupé et elle privilégie plusieurs rubriques thématiques : économie, politique, sports, arts et littérature, santé et éducation. Dans chaque numéro figurent également un poème et aussi un dossier sur un « sujet brûlant » pour les jeunes, différent chaque mois. La majorité des articles sont écrits par de jeunes bénévoles, l'équipe du journal effectuant le travail éditorial.
Un processus inclusif de rédaction du journal
La réalisation du journal commence lors d'une réunion mensuelle avec les jeunes auteurs d'articles en différents lieux, notamment Gaza, Naplouse, Ramallah, Jérusalem, Hébron et Bethléem. Une vingtaine de bénévoles en moyenne participent à chacune de ces réunions où on planche sur les principaux thèmes et questions, et sur les tendances et idées nouvelles qu'on veut explorer dans le numéro suivant. La réunion est animée par un ou deux secrétaires de rédaction, qui aident à l'élaboration du travail et suivent les bénévoles dans l'organisation de leurs recherches, le calendrier et la conduite des entretiens et la rédaction de leur article.
Les principales décisions concernant le contenu de chaque numéro, y compris la maquette et les photographies, sont prises au cours de ces réunions éditoriales mensuelles.
La PYALARA estime qu'il faut donner aux jeunes bénévoles le plus de responsabilités et d'initiatives possible, et leur permettre de creuser ce qui les intéresse sans aucune pression les incitant à traiter certaines questions politiques ou à se placer dans telle perspective politique. C'est une démarche qui commence par une formation approfondie allant au-delà des connaissances en matière de reportage et de rédaction. Il s'est avéré que cela amenait du dynamisme et de la souplesse dans le raisonnement - tout en développant par ailleurs des talents de leadership basés sur le changement positif et la communication ouverte.
La formation des bénévoles pour la jeunesse
À la base de tout travail de la PYALARA, il y a un programme de formation intensive de trois mois que suit chaque journaliste pour la jeunesse bénévole. Plus de 70 bénévoles sont formés chaque année afin de travailler dans différent secteurs de l'organisation, y compris pour le The Youth Times, « Alli Sotak » (Faire entendre sa voix), un programme télé hebdomadaire de deux heures que diffuse la télévision par satellite dans tout le monde arabe, et le Programme pour le bien-être de la jeunesse, une initiative de soutien psychologique des jeunes, de pair à pair, focalisée sur la santé des jeunes aux niveaux psychosocial, physique et sociopolitique.
Les jeunes sont recrutés pour rejoindre la PYALARA grâce à un vaste réseau d'écoles et d'organisations locales. Durant leur formation, ils passent plusieurs heures par jour ensemble, acquérant d'abord de l'expérience dans deux domaines principaux : l'art dramatique et les rapports sociaux. Cet aspect de la formation leur apporte un équilibre social et psychologique en leur enseignant des techniques de communication et la manière d'utiliser des jeux d'acteur, la danse ou la musique pour exprimer leurs émotions. Les participants au stage apprennent en outre à écouter attentivement ; ils sont incités à être ouverts à des opinions et à des idées différentes. Par ailleurs, on les engage à utiliser la parole et divers moyens de communiquer pour exprimer leur point de vue afin de se faire comprendre plutôt que de se mettre en colère ou d'être négatif.
Pour un Palestinien vivant dans un environnent de stress, explique Rania Atallah, responsable de la formation au sein de la PYALARA, il est facile d'apprendre à bien connaître les opinions politiques. Mais il est difficile de recourir à l'histoire, de savoir écouter et d'utiliser le langage positif pour exprimer son point de vue en politique. Il est même encore plus difficile de pouvoir s'exprimer en dehors du contexte politique.
Afin que les bénévoles du The Youth Times aient des bases pour la créativité et l'expression personnelle, ils participent à des ateliers de photographie et d'écriture créative avant d'apprendre certains aspects plus spécifiques du journalisme. Ils sont enfin formés aux techniques du reportage. C'est important, explique Rania Atallah, parce que cela permet aux jeunes d'apprendre tout d'abord à exprimer leurs opinions et à parler dans une perspective psychologique - puis de faire abstraction de ces points de vue pour un reportage concernant des nouvelles factuelles, qui doit être équilibré.
Parvenus à la fin du programme de formation, les bénévoles sont invités à participer aux réunions du Youth Times et à faire partie de l'équipe rédactionnelle. Bien que ce soit aux jeunes de décider du degré de leur implication, la PYALARA reste en liaison avec chacun d'entre eux par Facebook, par courriel et par des appels téléphoniques réguliers. Les bénévoles pour la jeunesse actifs sont nombreux à appeler le bureau ou à s'y rendre simplement pour bavarder avec les secrétaires de rédaction, consulter la petite bibliothèque située au siège, à Al-Bireh, ou aider à divers travaux administratifs. Ceux qui sont désignés pour écrire des articles devant figurer dans le prochain numéro du journal travaillent en étroite collaboration avec les secrétaires de rédaction au niveau de la recherche de l'information et de la rédaction.
Des débuts modestes
La PYALARA et The Youth Times ont été créés en 1999 par quatre jeunes journalistes âgés de 20 à 30 ans - dont l'actuelle rédactrice en chef, Hania Bitar - qui devaient lutter pour placer leurs articles dans les principaux organes de presse, axés essentiellement sur les thèmes politiques. Ces journalistes nouveaux dans le métier ont compris le besoin d'actualités pour les jeunes. The Youth Times a été à ses débuts un petit projet ayant recours à de modestes subventions telles que les aides aux entreprises en démarrage. L'objectif était de créer un espace pour les jeunes où ils puissent partager leurs expériences et parler des questions qui affectent leurs vies, au-delà de l'écrasante question de la situation politique et de l'occupation.
« Nous ne disposions jamais, en tant que jeunes, d'un espace de ce type », rappelle Eman Sharabati, en charge de la communication à la PYALARA. « Les jeunes n'avaient jamais ce genre de plate-forme permettant de parler de leurs propres problèmes. The Youth Times a toujours été ouvert aux droits des jeunes. Il a été créé afin d'être un outil servant aux jeunes pour bénéficier de leurs droits - politiques, économiques et sociaux. »
La PYALARA coopère à présent avec le Ministère palestinien de la jeunesse, le Ministère de l'éducation, l'UNICEF et un vaste réseau d'organisations locales, d'ONG, d'écoles et d'universités afin de recruter des bénévoles de la jeunesse palestinienne dans toute la région et de diffuser le journal. Le siège se trouve à Al-Bireh, mais la PYALARA dispose également d'agences à Gaza et Naplouse, et elle organise des formations dans d'autres villes, notamment Bethléem et Jérusalem.
Au cours des 10 années écoulées depuis sa création, le groupe a eu un large impact et sa marque a été profonde. The Youth Times touche en moyenne 120 000 lecteurs. Au-delà de ce lectorat, le programme de la PYALARA exerce un effet durable sur les jeunes qui sont parties prenantes. Rania Atallah se rappelle qu'à la suite d'une récente formation elle a reçu de nombreux appels téléphoniques de parents lui apprenant que la vie de leurs fils ou de leurs filles avait changé de façon positive. En effet, leur travail scolaire s'était amélioré, ils prenaient la responsabilité de faire des projets d'avenir et ils utilisaient même les transports en commun entre Jérusalem et Ramallah - un obstacle considérable pour beaucoup de jeunes Palestiniens qui redoutent de passer par les postes de contrôle militaires.
« C'était un gros obstacle qu'ils avaient surmonté », observe Rania Atallah. « Ainsi ce programme apporte vraiment confiance en soi. Ces jeunes apprennent comment s'exprimer. Ils apprennent comment plaider leur propre cause. »
Un impact à long terme
Dans la vision de la PYALARA, il y a la recherche d'une incidence immédiate sur les jeunes qui suivent la formation et d'un effet à long terme. L'équipe de l'association compte 30 personnes. Près de la moitié étaient auparavant des bénévoles pour la jeunesse, formés au journalisme alors qu'ils étaient au lycée.
Sharabati, âgée à présent de 23 ans, était à ses débuts, à 17 ans, une bénévole. Elle se rappelle l'impact que la PYALARA a eu dès le départ sur sa vie : « Mes messages étaient diffusés dans toute la Cisjordanie et à Gaza, et j'en ai été fière. Cela m'a vraiment permis d'agir dans cette société et de penser davantage aux questions et aux problèmes auxquels nous devrions travailler en tant que jeunes. »
L'équipe de la PYALARA et du The Youth Times espère développer au niveau mondial son réseau de journalistes pour la jeunesse en se servant du journal et d'autres médias afin de renforcer les rapports internationaux entre les jeunes. L'association a déjà été en mesure d'aider plusieurs échanges internationaux afin de donner une expérience dans d'autres pays à de jeunes journalistes palestiniens. La PYALARA espère, à partir de ces initiatives, faire émerger un groupe de jeunes ambassadeurs palestiniens et continuer à participer à un réseau international de jeunes travaillant au respect des droits de la jeunesse.
.jpg)
Profil d'un jeune : Izz Abu Mezar
Il y a tout juste huit mois, Izz Abu Mezar, 15 ans, a posé sa candidature pour devenir bénévole à PYALARA (Association des jeunes de Palestine pour le leadership et la défense des droits -Palestinian Youth Association for Leadership and Rights) et au journal The Youth Times. À présent, plusieurs fois par mois, Izz effectue un trajet de 40 minutes de Jérusalem, où il habite, à la ville d'Al-Biereh afin de passer une bonne partie de son temps libre aux bureaux du journal Youth Times. Au journal, il travaille dur sur ses reportages et côtoie des jeunes de PYALARA, qu'il appelle « une grande famille ». Ce qu'il adore à PYALARA, c'est que tout le monde est jeune, se soucie des autres et de la culture au sens large, et que tous coopèrent à la réalisation de l'objectif commun d'aider la communauté.Pour The Youth Times, Izz a rédigé des reportages approfondis sur des questions de santé, y compris un article sur les handicapés et un autre sur la récente flambée épidémique de grippe causée par le virus H1N1. Grâce à ses recherches, il s'est découvert une passion pour les thèmes médicaux et il a décidé de devenir médecin.
Avec PYALARA et le journal The Youth Times, Izz a acquis de grandes compétences en matière de recherche et de reportages. Il a également acquis de la confiance en lui et le goût des responsabilités, qui sont nécessaires pour atteindre ses objectifs. La rédaction constitue un moyen de se débarrasser du stress, dit Izz. En effet, il écrit sur des sujets auxquels il pense et sur des questions qui l'inquiètent. En faisant des recherches et en couchant ses idées sur le papier, Izz s'exprime et apporte ce travail à sa famille, ses amis et sa communauté.
Media Magic Digest a interviewé Izz récemment sur sa participation au journal The Youth Times et sur le rôle des médias dans la réalisation de changements en le Territoire palestinien occupé.
Q. Qu'est ce que cela signifie pour vous de participer au journal The Youth Times et à PYALARA ?
En fait, ça m'a donné davantage confiance en moi, ça m'a permis d'accroître mes connaissances et d'avoir plus d'amis, de découvrir mes centres d'intérêt. J'ai compris de quelle manière je pouvais être responsable et utile dans la société. et je suis heureux d'être avec les autres.
Q. Pourquoi pensez-vous qu'il est important pour les jeunes de créer des médias ?
C'est important car les jeunes ont des idées du passé et des idées modernes. Grâce à cela, ils créent des médias valables pour les jeunes et les gens plus âgés et qui plaisent à ce public. En outre, il est important pour les jeunes d'avoir la liberté et les moyens d'exprimer leurs opinions et de partager leurs idées dans une société où ils constituent la majeure partie de la population, comme chez nous.
Q. Lorsque vous imaginez un monde digne des enfants, comment serait ce monde ?
Je pense que ça serait comme une fête foraine, un monde tranquille, sans guerre, sans gens méchants, sans problème - ce serait un paradis .« le monde de la paix ».
Q. Quelles sont la ou les questions auxquelles, d'après vous, les jeunes Palestiniens attachent le plus d'importance aujourd'hui ?
Peut-être les questions les plus importantes pour les jeunes sont celles qui concernent leurs problèmes, la technologie, Jérusalem et leurs villes, et les maladies.
Q. Comment voyez-vous le rôle du journal dans les changements sociaux ?
Je trouve que le journal a un rôle à jouer pour entraîner des changements sociaux. Par exemple, lorsque nous publions un article sur la drogue et sur tout ce qui est mauvais pour les jeunes qui lisent le journal, ces jeunes pourraient changer d'avis au sujet de la drogue s'ils découvraient les effets secondaires de la drogue sur eux...
Media Magic Digest est un bulletin électronique bimensuelle produit par la Journée internationale de la radio et de la télévision en faveur des enfants de l'UNICEF et le projet Media Magic de La voix des jeunes. Ce bulletin s'adresse à ceux qui s'intéressent à la façon dont les jeunes créent des médias dans le monde entier et vise à promouvoir le dialogue entre les professionnels des médias et les jeunes que ce moyen de communication passionne.


.gif)
.gif)